Il pleut sur la ville endormie J’entends le bruit de l’eau sur les pavés Le ruissellement dans les gouttières qui débordent Dans un carnet quelques mots dépouillés Comme les fleurs une à une effeuillées Des petits cœurs griffonnés entre les lignes Et des mots qui dégoulinent en lambeau de phrases S’emmêlent tels des graffitis sur les murs Se bousculent sous les ratures S’abandonnent en pleins et déliés Comme des bateaux drossés contre les quais Les dernières ramures de givre s’effritent Quelques rares feuilles s’envolent en tourbillons Le vent a lissé les cabosses des mots Les ombres des arbres offrent leur dénuement La ville s’éveille dans un profond silence Le ciel est gris, sombre comme un crépuscule Avec des nuages drapés de gros grain ….. Les mots chuchotent en équilibre instable Les mots chuchotent en équilibre instable Mes pensées…mes frissons… à fleur de peau Il manque des pages au carnet à spirales Comme il manque des mots à cette histoire Absence dans la présence du jour Où le froid envahit chaque espace Pour ralentir la fuite du temps Chorégraphie de l'infini dans l'instant Sur le voyage sans bagage des nuages La pluie joue des notes de blues Mélancolie dans l’onde des mots Qui font des ronds dans l’eau Les pages tournent en ronde folle Tels les manèges de mon enfance L’aube est pâle comme une nuit sans étoiles Sur la dernière page de ce carnet Au verso de quelques mots inachevés Deux lignes d’une écriture penchée Sous un coquelicot éclatant de rire Comme un soleil au creux de mon cœur La ville est si belle tout à coup sous la pluie
Un souffle dans la nuit qui s'efface Le vent décoiffe le ciel écorchant
Mes mots aux récifs de mes souvenirs Gommant les brouillards et les tristesses Un murmure ...une rumeur Un bruit venu d’ailleurs Une sorte d’écho au jour J’ai déposé mes larmes de pluie Dans le silence de l’aube Frôlement d’instants suspendus Froissement de secondes Retenue à ma respiration contenue. Juste une pause, une suspension Une journée qui s’éveille Qui prend son vol dans la rosée Le temps s’étire, presque immobile Le rire à ses brisures comme ses éblouissements, Juste portée par le désir du vent Un envol des peurs dans ce grand silence Les vagues caressant le rivage Sous les éclaboussures du soleil Couleurs en ricochés Les mots se taisent et laissent place au silence du regard. J'entends la musique Et les chants en corps-accords retrouvés Caresses qui se rassemblent
Fusionnent en infinie douceur, Se toucher du regard, se délester du pesant En brise parfumée l’automne m’emporte Au loin les oiseaux m’appellent L’écume d’émoi en vague ourle le rivage Une lumière …une larme de pluie …une histoire….qui s’éveille… Une pensée…une journée... à apprivoiser J’aime les caresses salées du vent du large. A même le cœur à jamais gravée… Quelques lettres…des mots Du jour naissant au bord du temps
ELLe a clos les volets de la maison Oublier… Ne jamais revenir…. Jamais. Ne plus rien dire Ne plus rien entendre Effacer toutes traces Garder les cicatrices De sa mémoire douloureuse Les rêves asséchés Par des torrents de larmes Ont épuisé son corps Vivre en sursis Jusqu’à son dernier souffle La nuit…le jour La lumière et l’ombre N’ont plus aucune importance Inutiles les heures Tombent une à une La chute est sans fin ELLe ne voit rien… où plus grand chose. Juste des ombres chinoises Plus de soleil… de ciel…de nuages Replié dans les voiles d’un l’oubli Un linceul noir et blanc. Trop de silence Ou des mots à peine audibles Au goût de sel Sur une table des feuilles jaunies Froissées par l’absence ELLe a immolé ses mots Sur ce champ de ruine de sa vie Les vagues déchaînées rugissent Et atteignent le pied de la dune Arrachant le sable grain à grain Dans des éclaboussures de cuivre Elle a froid Derrière les volets clos Les brumes envahisent son coeur Dans le silence du matin
J’écris jusqu’au bout de la nuit Comme une eau perdue au fil de l'instant Navigation incertaine, presque hésitante Toujours au bord d'un naufrage Dans l’interstice entre les songes Et le chuchotis des heures Laissant s’envoler les syllabes Comme une vague, flux ininterrompu Comme un désir qui expire dans un râle Les mots retiennent mon souffle Souvenirs, présence invisible Dont j'ouvre des pages Présence en souvenir Absence en devenir. J’écris sur toutes mes factures Sur la danse de nos rires Où se dessine les partitions En émotion de silences complices Et de rêves d’infini partagé L’espace s’est déplié le temps multiplié Demain chuchote des possibles J’écris jusqu’au bout du jour
J’arrache mon armure de pleurs Je sors enfin mon cœur du néant... J’ai rangé au fond du tiroir Toutes mes blessures et les morsures J’ai enfoui au fond de ma mémoire Tout mon désespoir et mes déchirures. J’ai rassemblé tous ces morceaux de rêves Eparpillés par le vent du dérisoire J’ai fermé la porte à tous ces mensonges Briser le vase des chimères, oublier mes errances.... Le souffle des maux encombrait mon cœur Effaçant peu à peu toute espérance. Trop de questions se bousculaient Elles se cognaient frénétiques Des nuages assombrissaient mes yeux Et engendraient la tempête. Qui assassinait mes rêves... Et noyait mes étoiles Dans les flots sombres de la nuit Je marche en équilibre sur un fil Mon cœur est encore si fragile... Une musique m’effleure et me caresse Je balbutie des mots qui tanguent Et tremblent en moi troublés par le silence Mais le soleil se couche amarante La nuit défroisse ses voiles d’organdi bleu Et tel un papillon prend son envol Les rêves sont suspendus aux étoiles Je défie l’horizon sur la crête des vagues Et j'effeuille mes mots caressés par l’écume. L’un après l’autre ils apprivoisent Mes silences et mes rêves enfouis Dans ce ciel qui s’aquarélise de mauve